Texte "Joyeux anniversaire" de Marta Pol i Rigau. En français, en castillan et en catalan.

Marta Pol i Rigau

JOYEUX ANNIVERSAIRE

L’idée de célébrer, d'une part, le cinquième anniversaire de sa première collaboration avec la Fondation Espais de Gérone et d'autre part, l'anniversaire de certains sosies de Catie de Balmann (participants de L’Atelier Sosie en décembre 1999), a donné naissance au titre : joyeux anniversaire. L’exposition véhicule des moments vécus et partagés avec des personnes impliquées dans une relation avec l'artiste.                                                    

Catie de Balmann a besoin de s'ouvrir vers l'extérieur avec une proposition de travail participative qui lui permet d'entrer en contact avec quelque chose d'étranger à elle et d'établir de nouvelles relations entre l'individu / l'artiste et son milieu / la société. Pour cela elle emprunte des stratégies de la pratique de l'art des décennies écoulées. Disons qu'elle base la recherche artistique sur l'art (a) du comportement en lui donnant une structure respectant les prémisses du processus (b)…

   

Ainsi, la pièce à caractère autobiographique, la Série rose (2002), se compose de deux temps. Le premier date de 1989, Il développe neuf autoportraits photographiés dans un espace privé. Catie de Balmann essaie de s'y montrer telle qu'elle est. Le second de 2002, présente neufs portraits réalisés par la photographe Soraya Lattali dans un espace public. L'artiste recherche des instants tels que ceux de 1989. Cette oeuvre montre une évolution dans le travail et l'attitude de Catie de Balmann (dans la vie comme dans l'art).

 

D'un point de vue plus métaphorique, l'artiste initie un "arboretum", indiquant l'absence d'arbre sur la place attenante au centre d'art. Aussi l'installation Annonce - arbre (2002) est spécialement conçue pour les baies vitrées de la façade principale de la Fondation, elle calligraphie et diffuse un tableau «Recherche le plus grand arbre». Il est réalisé à l'aide de feuilles de papier fixées par leur bord supérieur. Cet accrochage renvoie à une légèreté, une mouvance et un dynamisme comparable à celui des feuilles des arbres. Par ce travail, Catie de Balmann invite les passants à chercher, dans leur environnement quotidien ou dans leur souvenir, l'arbre le plus haut. C'est du faîte que l'on voit le mieux. Perché, on découvre une bonne perspective - apprécie une vue panoramique. Cet arbre n'est pas forcément réel, l'élan et la vitalité des mots peuvent stimuler notre imaginaire.

      

En écho, face à la place sans arbre, Arbre (2001) fonctionne comme un portemanteau en deux parties. La base est confectionnée à partir de matières résiduelles générées par la promotion et la diffusion d'événements culturels : les cartes, les diptyques, les articles, les fragments de catalogues, etc. C'est-à-dire tout le matériel qui, une fois lu, ne sert plus ou dans le meilleur des cas, se retrouve sur les rayons des bibliothèques ou dans les centres de documentation pour devenir la banque de données qui construit l'histoire. Si cette partie d'accumulation fait référence à un bagage artistique et biographique, la partie supérieure, tout comme l'arbre, sera la partie vivante, celle qui s'élève. Elle se compose de vestes, de manteaux, de vêtements qui nous parlent de personnes... L'arbre deviendra donc de plus en plus grand et de plus en plus vivant à mesure que des vêtements seront ajoutés. Ce climat détendu et familier qu'il crée, est un peu celui que l'on ressent en rentrant chez soi, en suivant le rituel : quitter la veste, la suspendre et se sentir suffisamment à l'aise pour commencer à jouir de son espace.

Cette notion d'intimité constitue le corpus de l'atelier Sosie (depuis 1997). Ce work-in-progress  s'est déroulé dans plusieurs villes françaises et espagnoles. (1) C'est entre autre avec l'intention de solliciter la participation de femmes ayant des caractéristiques physiques semblables à celles de l'artiste que se déroule un programme de diffusion de l'atelier à partir de l'annonce
Recherche sosies, femme / fille, Brune, peau mate, yeux marron noisette 1,64 m et 50 kg environ
.                                               

L'artistique s'empare de la structure publicitaire traditionnelle pour faire sa promotion et se détache des stratégies habituelles de communication. L'investissement est multiple : distribution, d'une part, des tracts dans des lieux très fréquentés : les écoles, les universités ou les commerces et, d'autre part, utilisation des espaces gratuits destinés à la publicité offerte par les médias (les journaux, les revues, les radios, la télévision, les affichages libres etc…).                                                                                                                                

Les annonces qui apparaissaient aux fenêtres de la rue du Portal de la Barca, non seulement nous rappellent, dans une unité plastique, les tableaux - affiches "Recherche le plus grand arbre" mais représentent l'esprit des tracts utilisés pour diffuser l'atelier (d). Tout en étant une manière d'inviter le passant à entrer et à découvrir l'exposition, ces réclames présentent une certaine autonomie de formes et de concept car leurs messages visuels acquièrent une identité propre en pénétrant la mémoire du visiteur – passant.

Tout en ayant l'intention de créer une certaine ambiguïté (doute), Catie de Balmann formule l'annonce comme s'il s'agissait d'un casting publicitaire ou cinématographique qui appelle un prototype de personnage. Hors dans cette proposition, il n'est pas question de rémunération. L’aspect "commerce" s'opère dans l'échange d'images, de mots, de souvenirs... C'est là que se situe la "valeur". Pas de discrimination, l'artiste reçoit indifféremment tous les prétendants, qu'il soit blond, homme... De plus les caractéristiques diffusées sont génériques et cette genèse permet, à son tour, la multiplicité.                   

Pour participer à l'atelier, les aspirants à sosies téléphonent pour une entrevue. Ils sont éveillés d'un doute et d'une certaine curiosité : Les annonces n'indiquent ni nom ni adresse, seul un numéro de téléphone apparaît. Est-ce prendre un rendez-vous à l'aveuglette ?      Lors du premier contact, ils découvrent que le lieu de rencontre est un centre d'art ! Avant la rencontre, l'artiste installe un espace : l 'Atelier sosie, une table, deux chaises et un module vidéographique et photographique. La caméra opère comme s'il s'agissait de l'oeil du public au point de devenir un témoin anonyme qui recueille tout ce qui se passe en temps réel. Pour rompre la glace, l'artiste aborde des thèmes vastes comme les vacances, les goûts, les habitudes, les paysages préférés ou les voyages qu'aimerait faire la personne... Ces questions lui permettent d'établir un dialogue cordial et de commencer un périple plus personnel, intime et introspectif vers ces facettes intérieures où se loge l'inconnu : le désir. Le va-et-vient entre ces différents thèmes conduit souvent à évoquer ses origines et tenter de définir son identité.                                                                                                        

 À partir de ce moment, l'artiste pourra se familiariser avec la personnalité de son sosie et le sosie pourra deviner la conception du monde de l'artiste. L'atelier permet donc la confrontation / le reflet d'une personne dans l'autre ou de chacune vers soi-même, de mettre en évidence les intérêts communs et les différences. On y retrouve la tradition de la fonction sociale de l'artiste portraitiste.

L’artiste cherche une vie double pour transgresser et redéfinir une série de conventions culturelles et artistiques en crise. Comme dirait Glusberg', ce type d'activités place l'artiste dans une situation paradoxale. Il doit, d'une part, être capable de créer un climat qui permettra de dissiper la résistance et le blocage de l'interlocuteur et, d'autre part, savoir transformer la  soi disante insécurité en un stimulus empathique qui suscitera la communication. Ainsi, de Balmann trouve dans le vérisme de l'entrevue une voie pour développer son oeuvre, voie dans laquelle le hasard et l'esthétique des résultats seront les composantes fondamentales qui permettront de rompre avec la vraisemblance ou la simulation de la réalité.                                                                                                        

Si la formule du voyage lui permet de faire des recherches sur deux aspects fondamentaux de son travail, les relations avec des lieux et des personnes nouvelles, les entrevues lui permettent de visualiser et de réfléchir plus précisément sur les espaces de rencontre, en se basant sur les déplacements imaginaires que chaque relation érige avec des mots . des attitudes.                                                                                                                        

Cet inter espace (identité/altérité) crée des conditions et des circonstances nouvelles capables de modifier notre perception.


L'installation vidéographique Energie (1998-2002) prend forme sur deux écrans qui confrontent chacun un portrait, tandis que le premier écran émet une image ralentie et en silence, lequel met l'emphase sur la gestualité, l'autre portrait visuel et verbal retransmet des moments plus attendus de la rencontre.                                                                              

Le concept temporel change, c'est-à-dire que le temps subjectif augmente ou diminue selon le degré de communication, de connaissance et d'approche ou de distanciation qui est établit lors de l'atelier entre l'artiste et ses convives. La présence des moyens multimédias étaye le prélèvement et suggère une manipulation. C'est ainsi que de l'enregistrement en temps réel, Catie choisit moins de trois minutes de chaque entrevue. Le message original se transforme au point de créer un nouvel environnement ; le soi-disant naturel - le langage, l'expression, le mouvement - se situe dans ce terrain nouveau de signification, dans une réalité "in vitro", comme aime le dire l'artiste.                                                                  

Cette répartition produit parfois un effet de miroir dans lequel le sosie, masculin ou féminin, semble parler et s'écouter. Mais cela se produit rarement ainsi, car le jet (de dés), le hasard, de ce module vidéographique ne produit pas toujours des "bingos" (des doubles).

Si dans l'installation Energie les circonstances de temps réel sont perçues par le spectateur de manière fragmentée et ralentie, dans l'installation Grains de sosie (1998-2002), l'espace temps semble incompressible. Les sosies sont soumis à un changement d'échelle. Cela produit une sensation d'étrangeté qui est accentuée par le fait qu'ils soient présentés découpés, individualisés puis disposés dans des lieux de transit de la salle (de l'autre côté de la marche, dans un coin, sur la plinthe d'un mur). Ces identités nous apparaissent comme des personnages lointains (fugitifs), des spectres qui ponctuent un chemin dans un nouveau paysage.

La pièce Prénom (2000) offre une autre perspective, comme s'il s'agissait d'un horizon. Elle est composée des prénoms de toutes les personnes dont Catie de Balmann conserve un souvenir visuel. Tout le long de la salle, dans la zone publique et dans la zone privée, à la hauteur des yeux, apparaît une chaîne de prénoms "écris à la main". Lors de "l'installation", ils prennent vie à mesure que l'artiste fait un effort de mémoire pour se les rappeler. À chaque prénom correspond une couleur.

Dans Mon paysage (2001), l'artiste recueille tous les prénoms et noms des personnes qui ont rendu possible ses recherches, qu'ils s'agissent de professionnels, d'amis, de membres de la famille et/ou de sosies. Ici chaque frange de couleur correspond aux expériences d'une vie.

Paravent (2002) est un travail qui fonctionne comme un fil conducteur car les matériaux qui le composent, reflètent tout ce qui se passe autour (différentes perspectives de l'exposition). L’objet lui-même insinue un déplacement.                                                                          

Sur l'envers du miroir sont gravées les silhouettes de trois des sosies de Catie de Balmann. Le fait qu'elles ne touchent pas le sol les fait ressembler à des corps qui vivent suspendus dans l'espace. Ainsi, à mesure que le visiteur s'en approche, il se découvre dans le miroir, superposant son image au tracé du sosie. Il s'identifie à lui et/ou s'en différencie. Cette projection n'est pas figée car une fois dans le champ visuel de l'installation, les images et les référents se mélangent en un dialogue, un perpétuel changement s'établit entre le «je », le «tu » et l'autre. Selon sa position dans l'espace, peut être de façon séquentielle, l'observateur est en mesure de créer son propre paysage.

À l'aide de ces moyens comme la vidéographie, la photographie, l'écriture.... Catie de Balmann recueille une série d'expériences vécues et partagées avec des personnes. De façon quotidienne, elle travaille sur le déplacement, lié aux individus - aux actions - aux interventions urbaines, pour en faire à la fois le matériel et le thème de sa recherche esthétique.

L'atelier sosie est un des principaux espace de rencontre créé par l'artiste. Transplanté dans différentes localités, il a tissé des liens. L'expérience l'a orienté naturellement sur l'échange linguistique : point de rencontre et de différence à l'instar de la notion de double (sosie).

Jouant de cette ambivalence et par soucis de complémentarité, Catie de Balmann a invité à participer à son exposition Soraya Lattali, en tant que photographe de la Série Rose, et Frédéric Dumond, plasticien, avec deux de ses oeuvres qui explorent justement le point de convergence entre deux réalités différentes. La meva liengua en la teva, la teva liengua en la meva (1997), pièce liée à l'installation sonore venir nomade (1997-1999) sont deux ensembles qui travaillent la langue à travers une communauté de mots, identiques en catalan et en français, que Dumond a repéré dans le journal AVUI pendant son séjour à Sabadell (1997). L’idée était alors de créer un poème qui exprime l'état émotionnel entre l'artiste et la langue, dans la confrontation de sa langue maternelle (français) avec cette langue qu'il découvrait (catalan), dans une tension entre le même et l'autre. Dans tangentlintervenir (2001-2002), l'artiste reprend cette recherche d'un espace commun, d'une écriture double, partagée, entre les deux langues. Dans ce dernier texte, il touche à un bilinguisme paradoxal, c'est-à-dire une tentative de trouver en même temps dans les deux langues une expression correcte, mais dont le sens peut rester ambigu, car à la frontière ou au point d'intersection de deux zones linguistique autonomes.

(a) l’oeuvre de Marcel Duchamp est l'un des précédents historiques les plus significatifs de l'art du comportement. Duchamp a cessé de créer des oeuvres dans le sens traditionnel pour se consacrer à une activité inédite telle que jouer aux échecs. Jusqu'à sa mort, il joua une partie d'échec empoisonnée contre la vie afin d'établir une égalité entre l'art et la vie. Si le comportement signifie le retour à la vie, cela n'indique pas la disparition de l'art mais plutôt la récupération de contenus thématiques qui appartiennent plus à l'ensemble de la société qu'à l'artiste individuel. De cette façon, le comportement signifie assumer la réalité comme un champ de référence de tous les matériaux possibles pour être reformulés en termes de langage artistique. L’artiste passe rapidement de l'objet à l'action, de l'utilisation de matériaux durables à l'expérimentation d'événements et de situations éphémères.

(b) Selon Cermano Celant, l'art processuel détermine ce type de travail qui ne donne pas tellement la priorité aux résultats de l'organisation formelle des matériaux dans l'oeuvre, mais à leur présentation directe, dans le but de faire ressortir leurs qualités de tension et d'énergie. Lart devient ainsi un lieu à travers lequel l'artiste, avec son activité, établit une identité entre pensée et action afin d'obtenir une connaissance du monde. Dans ce cas, l'important n'est pas le résultat, l'oeuvre achevée, mais le processus adéquat pour la rendre propice.

Germano Celant. « Arte povera », 1969, cité dans G. C. Argàn. Et arte moderno. Éd. Akal. Madrid, 1992, pp 77 - 80.

(c) L’Atelier Sosie est né à Marseille en novembre 1997 dans les espaces Triangle France et Cargo. Il est ensuite présenté à l'Espace Vallès de Saint-Martin-d'Hères près de Grenoble, au Crédac d'Ivry-sur-Seine (Paris) et à Art 3 de Valence. Son trajet en Espagne est passé par la Nau de Sabadell, la salle Metronom de Barcelone, Cruce de Madrid, la Fondation Espais de Gérone, etc. En 2000, il a été présenté au Bilbaoarte de Bilbao et, en 2002, à la Biennale de Rennes Métropole (France).

(d) D'après son idée pour bouleverser les lois de la publicité et reprendre les codes de l'incorrection politique, il travaille la réalité "multimédia" qui lui permet de bouleverser aussi bien l'environnement social que l'environnement artistique. Afin de mener à bien cette intervention anonyme, il entreprend une stratégie transgressive qui consiste à coller ses annonces au-dessus d'autres annonces des panneaux publicitaires des villes.


Bibliographie sélectionnée


Nathalie Travers, catalogue 40mcube, 2002
Barbara Bay, revue biennale Sélest'art,
2001.
Britgitte Baudesson, jade Lindgaard, "Sosie ma soeur Aden 1998 .
Dominique Bourguinon, CD-ROM Tohu-Bohu,
2000.
Françoise Chaloin, Frédéric Ollereau, catalogue Galerie de Vitry-sur-Seine, 1999.
Marc Dozier. "Quand Catie recherche Catie" Le petit bulletin,
1998.
Soraya Lattali, Corinne Lovera Vitali, Rémy Peyrard, catalogue Espace Vallès, 1998.
Christian Moguerou. "Les doubles"
jalouse 1998.
Marta Pol i Rigau. Catie de Balmann (Et conocimiento y la otredad),
folleto divulgativo
Galeria Cruce, 1999.
Catherine Robet. Brochure, le Crédac, 1999.


 
1 Glusberg, Jorge, Et arte de la performance, Ediciones de Arte Galiano, Buenos Aires, 1986


Catie de Balmann
Taller de Sosias o Dobles

(Anuncio, entrevista, fotografías y cintas de vídeo)

El Taller Sosias o Dobles de Catie de Balmann (Tarbes-Francia 1966) se inscribe dentro de un proyecto itinerante más amplio, que consiste en realizar un viaje Valence-Valencia, con paradas en distintas ciudades de Francia y del Estado español. En Francia inició el trayecto en Marsella en los espacios Triangle France y Cargo el noviembre de 1997; pasó por el Espace Vallès de Saint-Martin-d'Héres (Grenoble); el Crédac de Yvry-sur Seine (París) hasta Art 3 de Valence. En España lo reanudó en La Nau de Sabadell; pasando por la Fundación Metrònom de Barcelona, Cruce de Madrid, la Fundación Espais de Girona, Bilbaoarte de Bilbao para llegar a las calles de Valencia  a lo largo de este año 2000.

Catie de Balmann después de un largo periodo de reclusión se planteó cambiar la estrategia de su trabajo artístico. Necesita abrirse al exterior con una propuesta de trabajo fresca y participativa que le permita conectar con lo ajeno, todo aquello que se encuentra fuera de si misma. Por lo tanto, recupera aspectos del arte efímero de décadas precedentes, por ser este tipo de trabajo de experimentación una manera de entender las relaciones entre el individuo y el medio. Por consiguiente introduce el proceso como resultado artístico, rescata conceptos como arte y vida y/o suceder y tiempo. Fascinada por lo efímero empieza a trabajar con ideas acerca de: el viaje, las personas, la acción, las intervenciones urbanas, los talleres como material y la temática de su investigación estética.

El viaje será la clave de su trabajo. El viaje entendido, como diría Paul Bowles como una forma de conocimiento y no como mero hecho turístico. Para Catie de Balmann el desplazamiento es un acercamiento hacia lo desconocido, le posibilita el conocer realidades culturales ajenas. Este le permite conocer nuevas gentes y nuevos paisajes y le otorga la oportunidad de ver la identidad como algo movible y modificable, en estado constante de ósmosis. La formula del viaje le facilita investigar dos de los aspectos fundamentales de su trabajo, como son, la relación y el contacto con lugares y personas nuevas. Las entrevistas le permiten visualizar y reflexionar sobre el principio de identidad desde la otredad, a partir de los desplazamientos imaginarios que cada entrevistado va recreando con la palabra. Estas experiencias vividas y compartidas en diferido le permiten olvidarse de si misma y con la consiguiente pérdida de identidad, se busca y reconoce en el otro.

El mecanismo o protocolo del Taller Socias o Dobles es casi siempre el mismo, pero al ser una acción a tiempo real, lo inesperado adquiere valor dentro del proceso. Así, y a pesar de retomar temas recurrentes en la historia del arte como son "el espejo, el retrato o el paisaje" habla de uno mismo o de ellas a través del otro. De este modo, Catie de Balmann introduce a su "work in process" la estructura del arte del comportamiento, concretamente de la fenomenología de la experiencia, para apropiarse del  proceso de aprendizaje del sujeto y usarlo como metalenguaje artístico.

ANUNCIOS

Los procedimientos para propagar el anuncio son diversos, como también lo son los lugares escogidos para encontrar a las posibles sosias. Catie de Balmann para difundir su taller no utiliza el soporte de la difusión artística regularizada o convencional, sino los medios de divulgación utilizados por la publicidad comercial. Se sirve de una estructura promocional que se desmarca de las estrategias utilizadas habitualmente por el arte (contemporáneo).

Así pues, el programa de difusión del Taller Sosias consiste en distribuir unos fly por la ciudad en lugares de concurrencia pública: escuelas, universidades o comercios, donde apela por mujeres de características similares a las suyas.

"Se buscan socias, mujer/chica, cabello castaño, piel morena, ojos marrones, 1'64 m. y unos 50 kg."

Al mismo tiempo que publica este anuncio en los medios de comunicación comercial, concretamente en los apartados dedicados a la publicidad gratuita, ya sean periódicos, revistas, radio, televisión.... En cada unos de estos requerimientos se indica el número de teléfono de la institución o espacio que acoge el proyecto, pero nunca aparece su nombre o dirección, ya se pretende jugar con la curiosidad y la tensión que provoca una cita a ciegas.

Con la intención de jugar con la ambigüedad y desorientar a la persona que responda al anuncio, Catie de Balmann formula su anuncio como si se tratara de un casting publicitario, cinematográfico... donde se apela la respuesta del otro para realizar un trabajo, casi siempre remunerado. Pero esta no es la finalidad de la propuesta sinó la de captar la atención de un público distinto al habitual al medio artístico.

Pero, uno de los apartados más importantes de su trabajo es la intervención anónima que, de Balmann, realiza en las vallas publicitarias de la ciudad. Con la idea de subvertir las leyes de la publicidad y retomar los códigos de lo políticamente incorrecto, dispone sus anuncios sobre otros anuncios y así sucesivamente, contribuyendo de este modo al enriquecimiento cultural del sector.Trabaja la realidad masmediática desde una dimensión transgresora, por ser una arma de subversión social al mismo tiempo que artística.

ENTREVISTA

El encuentro entre la artista y sus dobles será después de que las/los aspirantes hayan solicitado, concretado y acudan a la entrevista al día y hora solicitados. A pesar, de que las característica físicas requeridas son muy genéricas y facilitan que muchas mujeres se puedan reconocer, el taller está abierto a cualquier persona, ya sea rubia, alta, de ojos verdes o de sexo masculino.

Para la entrevista, la artista establece previamente unas directrices contextuales delimitadas por un espacio y un ambiente: una mesa, dos sillas y una cámara de vídeo. Y otras condiciones psicológicas que se van estructurando a lo largo de la conversación, a partir de una serie de preguntas sobre temas amplios como sus hobbies, hábitos, paisajes o viajes preferidos, los cuales le permiten establecer un diálogo cordial, para iniciar un viaje más personal, íntimo y introspectivo hacia aquellas facetas interiores donde habita lo desconocido. Así, la conversación al límite de la práctica terapeutica ayudará a ambos a desenmascarar su yo interior, estableciendo los primeros síntomas de afinidad o identificación, dado que, la finalidad del taller no es tan sólo buscar dobles en las cuestiones puramente físicas, sino también de personalidad, comportamientos y actitudes hacia la vida.

Al ser una obra de estructura abierta permite establecer una comunicación ínter y intrapersonal muy variada, a medida que la comunicación aborda temáticas más complejas, la formula de pregunta-respuesta dejará paso a un diálogo más interactivo. Será, en el vaivén de orientar y reconducir la conversación hacia temas o preocupaciones de carácter social, cultural y/o fantasías, que les conduce a hablar sobre sus orígenes e identdad.  A partir de este momento la artista podrá familiarizarse con la personalidad del doble, al mismo tiempo que, el/la doble podrá adivinar la cosmovisión de la artista. Por consiguiente, el taller permite la confrontación/espejo del uno con el otro o cada uno verse a si mismo,  para encontrar puntos de interés común y/o marcar la diferencia.

En cada entrevista el concepto temporal se diversifica, ya que éste vendrá  determinado por el tiempo interno de la experiencia, o sea, el tiempo subjetivo aumentará o disminuirá de acuerdo con el grado de comunicación, de conocimiento y  de aproximación que se establezca entre ellos.  Así, en cada encuentro se configuran unas condiciones y circunstancias nuevas que modifican la percepción de uno mismo a partir de las características del otro, creando un contexto y una obra de arte nueva.

Así pues, de Balmann encuentra en el verismo de la entrevista una vía para desarrollar una obra, donde el azar y la poca importancia estética de los resultados, serán los componentes fundamentales para romper con la verosimilitud o simulación de la realidad.

Y con este objetivo intenta buscar nuevos medios de comunicación artística. La artista busca una vía doble para transgredir y redefinir una serie de convenciones culturales y artísticas en crisis. Como diría Glusberg,  este tipo de actividades  sitúa  al artista en una situación paradójica, si por un lado, debe ser capaz de crear un clima adecuado para disipar la resistencia y el bloqueo del interlocutor. Por el otro, debe saber transformar dicha inseguridad en un estímulo empático y fuente de información.

VIDEO INSTALACIÓN: ENERGIA

Catie de Balmann recoge con su cámara de vídeo las experiencias vividas y compartidas como una vía de investigación artística. Así, todo el material acumulado, tanto el componente físico de la experiencia del viaje como el psicológico grabado a partir del taller, al tomar éste el rol de espejo le permiten descubrir aspectos de si misma que desconoce y de este modo configurar una nueva noción del yo.

Pero, la cámara de vídeo actúa también como si fuera el público, se convierte en un testimonio anónimo que va recogiendo todo lo que va sucediendo a tiempo real. Además de grabar las palabras ha de captar la improvisada morsbilidad del interlocutor, dado que cada movimiento crea un nuevo contexto y la cámara deberá de dejarse seducir por los gestos y las distancies de cada expresión del rostro o cuerpo del doble. Por consiguiente, aquello que se suponía natural -como la expresión o la movilidad- se sitúan dentro de un campo de significación reveladora de una realidad "in vitro" como dice la artista.

La instalación Energía se alimenta de los retratos de las mujeres que han respondido al anuncio. De hecho, para la instalación Energía Catie de Balmann, reunirá de cada taller todos los vídeos de las entrevistas en una cinta editada mediante el uso de recursos cinematográficos y/o televisivos. Cinta que recogerá menos de tres minutos de cada entrevista, con la finalidad de captar su esencia, dar uniformidad al montaje y ubicar al doble en el sí del tiempo creativo del artista. Así, de la grabación a tiempo real se respeta el tiempo, el enfoque en un primer plano del entrevistado y el entorno. Pero, al crearse un contexto nuevo de simultánedad se produce una descodificación del mensaje original, es decir, resaltar de acuerdo a sus intenciones y/o objetivos estéticos la diferencia generada a través de la identidad.

Con la finalidad de transportar las energías, resultado de la interseccion de distintas personalidades, de un lugar a  otro, en cada espacio en el que realiza el Taller Sosias presenta la videointalación Energia del taller precente.  La instalación consta de dos monitores que confrontan la misma imagen, el retrato del/la doble y de las fotografias-retratos realizados a las mismas. Estas imágenes han sufrido un proceso de desnaturalización, la autora niega al espectador tener la experiencia en directo de la elaboración de la pieza, con el objectivo de resguardar la intimidad de la entrevista.

Por consiguiente, en el vídeo las circunstancias de temporalidad, de tiempo real o tiempo vivido, son percibidas por el espectador de manera fragmentada. Al igual que las fotografías, al ser recortadas para perfilar la silueta de las dobles, se ven sometidas a un proceso de resignificación semiótica. Ya sea por la descontextualización, pero  sobretodo, por estar ubicadas en lugares de tránsito como el reverso de los peldaños de una escalera, en las esquinas de una pared...etc.  Con lo cual, los medios de reproducción, no solo le sirven para documentar la acción, sinó para  manipular la realidad fáctica.

Pero, lo más sugerente de su trabajo es que además de reivindicar la esencia de las raices y querer borrar las fronteras geográficas, sociales, políticas y psicológicas, consigue transformar el hacer artístico en una herramienta sociológica. El concepto del otro para de Balmann solo existe en los sueños y nos persigue como un fantasma. Pero, en este proceso de búsqueda ha dejando entrever el miedo a la duplicidad física o a la existencia de una personalidad dual ? De uno respeto al otro o del otro respeto a si mismo. Este estado de vulnerabilidad le permite acercarse al público de manera diferente, y sobretodo, le da la posibilidad de encontrar una estrategia para generar un público nuevo a menudo poco habitual al mundo del arte.

Marta Pol i Rigau

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