n film vidéExtrait des propos échangés par fax entre Catie de Balmann et Françoise Chaloin - Novembre 1998
 
"RECHERCHE SOSIES, FEMME / FILLE BRUNE, YEUX MARRON-NOISETTE, PEAU MATE, 1,64M, 50KG ENVIRON". Par cette annonce sybilline évoquant tant le signalement administrativo-judiciaire de l'identité que la déclinaison des mensurations et qualités particulières de l'individu cherchant l'âme soeur, Catie de Balmann enquête/poursuit une quête depuis plusieurs années déjà, se promenant de ville en ville, suscitant des rencontres, collectant des images - photographiques, vidéographiques - enregistrant des voix.


FC: Catie, peux-tu nous parler de la génèse de ce travail et de son évolution?
CdB: N'aurais-tu pas envie de rencontrer ton sosie, si on t'assurait que tu en avais un? Imagines-tu ce que tu pourrais lui demander? Pars-tu souvent en vacances? Qu'est-ce que c'est des vacances et comment te sens-tu? Peux-tu me raconter un paysage? As-tu déjà croisé quelqu'un qui te ressemblait? dans quels pays, villes, chercherais-tu ton sosie?...
Aujourd'hui, je cherche mon sosie dans toutes les villes où j'ai l'occasion ou l'opportunité de me rendre. Mais rappelles-toi, en 1988, après avoir passé des annonces: "Recherche figurante pour doublage...", je m'étais fait remplacer cinq demi-journées à l'Ecole. Puis, en 1989, pour Echange et séduction (Hommage à Ginette), un ensemble de huit photographies, deux jeunes femmes portent quatre tenues - empruntées à une troisième, absente - tenues qu'elles s'échangent mutuellement. Les deux personnages "s'échangent" quelque chose en plus à travers les habits, ils sont des supports sensibles et non de simples mannequins. A l'époque, je n'osais pas parler de sosie...


FC: A quoi te sert ce matériel audio-visuel que tu accumules au fil des "ateliers-sosie", ateliers itinérants dans le temps et l'espace?
CdB: L'image générique plutôt commune décrite par l'annonce permet à une multitude d'individus de se reconnaître. Je leur propose dans un premier temps de nous entretenir au sujet des voyages, des vacances, des déplacements, thèmes qui permettent à la parole d'évoquer des "lieux-paysages sosies". Mais aussi ces thèmes amènent indirectement à parler de ses origines, ses racines, son identité.
Après une longue série d'entretiens, je garde moins de trois minutes d'images vidéo de chaque. Je n'ai toujours pas trouvé de sosie mais il se trouve parfois que des expressiosns, des agitations, des phrases se répètent entre la personne et moi - dans un effet-miroir lié à la rencontre ou par coïncidence(?).
C'est en tout cas ce que j'utilise dans l'installation Energie (1997 - 1999), qui est une sorte de mémoire, de banque d'informations. A travers les conversations qui portent sur la notion de double, de miroir, on peut deviner qu'il s'agit d'une recherche de sosie.


FC: Ces expressions, ces phrases, ces tics ou ces manières que tu relèves parce qui'ls te sont communs décrivent-ils un sujet imaginaire, quelqu'un qui n'existerait que par le recoupement de tous ces témoignages? Autrement dit, s'agit-il d'un jeu sur le "je" ou d'un jeu sur l'absence?
CdB: Je rencontre des femmes d'âges différents, des gamines aux mamies. Elles ne sont pas sosies, mais elles me permettent d'approcher cette notion de sosie. J'ai eu l'impression de retrouver une grand-mère, je me suis souvenue de mon adolescence... Ces flash-back montrent à quel point je peux avoir très vite des affinités avec mes visiteuses-sosies. Souvent, on a l'impression de s'être connues avant, comme lorsqu'on revoit une amie qu'on a pas vue depuis longtemps. On se retrouve sur un terrain étrangement familier (la caméra est le plus souvent en plan fixe, je l'oublie moi aussi).
Il faut préciser aussi que je reçois toutes les personnes qui appellent pour l'annonce, je les considère toutes cocmme mes sosies. Je leur explique ce que je fais au téléphone, avant de les rencontrer. C'est très curieux comme les gens répondent à ce type d'invitation de manière très spontanée, sans a priori sur le travail. je pense qu'il s'agit de personnes qui ont une prédisposition à parler d'elles-mêmes, en même temps qu'à être disponibles pour l'autre, voire perméables à l'autre. Pour moi, c'est un jeu sur la transparence, à la fois sur le "je" et sur l'absence.
Les images photographiques me servent quant à elles à créer des petites silhouettes de 5 à 15 cm que je disperse dans l'espace d'exposition, en les collant sur les murs au ras du sol (Grains de sosie, 1998). C'est comme si j'abandonnais mes doubles... Mais je voudrais qu'elles reviennent, pour un projet que j'appelle monologue, un film vidéo durant lequel une dizaine de femmes se succèdent selon un ordre chronologique: enfant, adolescent, femme, sage."...o durant lequel une dizaine de femmes se succèdent selon un ordre chronologique: enfant, adolescent, femme, sage."...

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